Le siècle des Plantagenets


COULGENS

La vallée de la Tardoire développe son cours au nord est de La Rochefoucauld. Elle offre aux agriculteurs une large plaine de bonnes terres à vocation céréalière dont l'exploitation va se développer à partir de gros villages comportant chacun un réseau de chemins rayonnants menant de la ferme aux champs. Ils sont généralement distants l'un de l'autre d'une lieue. C'est une agriculture que nous avons qualifiée de Franque et les villages voisins de la Rochette et d'Agris ont les mêmes caractères. De Coulgens, partent huit chemins rayonnants permettant d'exploiter un terroir de 1600 à 1800m de rayon avec plus de 800ha cultivables, en outre, ces chemins mènent vers le plateau aujourd'hui occupé par la forêt de la Braconne une surface sans doute partiellement déboisée au XII° et exploitée par des pasteurs. C'est un ensemble qui permettait à la période faste du X1I° de faire vivre 5 à 700 personnes.
L'église de Coulgens a pour origine un ouvrage du primitif rural maintes fois réparé ou reconstruit. L'enveloppe de la nef ou grande cella doit dater de la seconde moitié du XI0; c'est un ouvrage de bonne taille de 6m 60 de large et de 16m de long en interne. Date probable d'édification 1050/1070. Vers 1080, la petite cella orientale est mise en cause et sera remplacée par une grande abside en hémicycle parfaitement régulier, sans structuration interne et avec deux contreforts légers en externe. Cette abside est ensuite prolongée d'une travée droite de plan rectangulaire dont les côtés sont flanqués de deux arcatures plein cintre et l'extérieur garni de quatre larges contreforts dont deux sont décalés pour ne pas interférer avec le volume de la grande cella toujours en place. Le constructeur est audacieux. Il va coiffer l'abside d'un cul de four et la travée droite d'un berceau plein cintre. L'ensemble est bien conçu, avec un mur montant haut et faisant office de tas de charge, la partie basse sera achevée avant 1100 et la travée droite sera surmontée d'un clocher rustique dont le plan est rectangulaire, comme il se doit. C'est lui, en comprimant les maçonneries des parties basses qui assure la tenue des voûtes (principe du tas de charge).
Dès 1110, le maître d'œuvre satisfait de ses voûtes veut en couvrir la nef, pour cela il plaque des arcades latérales sur piles doublées de colonnes engagées en face interne. Il installe également des contreforts externes sur le plan sud. Ces travées sont d'inégale longueur, celle proche du clocher est courte pour mieux absorber d'éventuels effets issus des parties hautes ensuite les pas s'allongent et la dernière travée proche de la façade est beaucoup plus longue, preuve s'il en faut que celle-ci était préexistante. Sur ces doubleaux, le constructeur va lancer des voûtes en plein cintre de bonne facture qui viennent masquer les anciennes fenêtres placées haut sur la nef du XI°. Les parties hautes des vieux murs restent en place et la corniche du XI° se trouve à 3m au-dessus du pied de voûte. Là encore, l'effet tas de charge joue pleinement et assure la bonne tenue des voûtes. Enfin, la façade sera remodelée en fin de campagne, vers 1125. Ces aménagements du premier tiers du XII° sont une réussite.
Au XIII°, le village connaît son expansion maximum en installation ouverte mais dans les siècles troublés qui vont suivre, la population se replie sur un espace fermé contiguë à l'église. Les ruines successives des constructions de torchis et de chaume seront compactées et formeront une galette archéologique de plus de 2m d'épaisseur. Le dallage de l'église sera surélevé à l'avenant. Au XVII° et au XVIII°, l'agglomération retrouvera son articulation ouverte.


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(A)     Grande cella du XI°s.
(B)     Fenêtre du XI°s. 1050/1070
(C)     Nouvelle abside vers 1080
(D)     Contrefort d'origine
(E)     Travée droite (travée clocher vers 1090)
(F)     Cul de four sans doubleau, 1100
(G)     Voûte en plein cintre vers 1100
(H)     Arc diaphragme (reprise)
(J)     Clocher rectangulaire rustique, 1105
(K)     Reprise de la nef XI°s vers 1100
(L)     Piles et colonnes engagées
(M)     Voûtes avec doubleau, 1110
(N)     Nouvelles fenêtres du XII°s
(P)     Reprise de la façade vers 1110


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Coulgens. Vue d'ensemble du jardin voisin.


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Coulgens. Le clocher et ses parties hautes.


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Coulgens. Abside et travée clocher.


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Coulgens. La nef. Elévation sud du XI°s. avec les deux niveaux de fenêtres